Amusing Ourselves to Death by Stuart McMillen (May 2009)
Aldous Huxley (Author: “Brave New World”) vs. George Orwell (Author: Nineteen Eighty-Four)
Hop hop, on passe sans transition au programme de ce mois-ci car il est plutôt chargé : c’est bientôt Noël après tout.
On inaugure les festivités avec de la plongée au coeur de l’électro minimale allemande pour enchaîner sur du hip hop avec la nouvelle OST du film de RZA ; viennent ensuite deux remix plutôt dark de Modeselektor reprenant Thom Yorke de Radiohead. On clôturera enfin en revenant au hip hop avec Chill Bump et Kendrick Lamar. Sans oublier la bonus track pour ceux qui restent jusqu’à la fin
Tout est dans le titre. La plupart de ces artistes viennent de Berlin mais une petite précision est toutefois à apporter pour Rone qui est français mais vit dans la capitale allemande.
Non, vous ne rêvez pas. C’est à l’occasion du film de RZA parrainé par Tarantino, The man with the iron fist, que les deux groupes ont collaboré. On retrouve même Raekwon, Method Man et Joell Ortiz, entre autre, sur l’ost du même nom.
Quand Modeselektor reprend Thom Yorke, on retrouve une ambiance sombre, parfois gênante, des samples persistants et saccadés et une mélodie énigmatique.. Bref, ça en jette !
L’un est composé de MC Miscellaneous (Fumuj) et de DJ Banka, l’autre a fait une collaboration déchue avec Lady Gaga. L’un vient de Tours et l’autre de Californie. Ne cherchez pas, ils n’ont rien en commun, ils n’ont même pas fait de featuring ensemble. Seul le hip hop les rassemble.
Né dans les années 1970 avec la culture graffiti et les tags, ce mode d’expression a évolué vers une forme plus élaborée et travaillée nommée le post-graffiti ou Street Art. Aujourd’hui, son entrée dans des cadres plus conventionnels comme les galerie d’arts est particulièrement controversée, dans la mesure où c’était à ses débuts un mouvement de révolte contre les codes établis par la société. Urbaland vous propose, dans une première partie, de faire un voyage dans le temps depuis les années 1960 où les graffeurs oeuvraient dans les rues et le métro de Philadelphie en toute illégalité. La deuxième abordera les différentes techniques utilisées dans le milieu du street art aujourd’hui ainsi que leur impact sur le paysage urbain.
A l’origine, le graffiti signature fut l’expression, parfois politique ou personnelle, de la jeunesse de Philadelphie mais aussi des différents gangs qui sévissaient dans les grandes villes des Etats-Unis (DogTown et The Moon à Philadelphie et les Tomahawks et les Black Spades à New York). Ces derniers cherchaient une certaine reconnaissance grâce à un marquage du territoire au moyen de lettres stylisées formant un nom ou un blaze. Ana Waclawek, enseignante au département d’histoire de l’art à l’Université Concordia de Montréal décèle trois éléments qui distinguent le graffiti des autres forment d’art : c’est un mouvement artistique lancé et alimenté avant tout par des jeunes, c’est un vocabulaire visuel ayant pour sujet une signature et c’est une tradition picturale qui s’est développée et continue de fleurir illégalement. Ressemblant fortement au graffiti signature, le tag, tel qu’il est apparu à New York dans les années 60, était composé du nom du tagueur et du numéro de sa rue. On dénombre parmi les plus connus : Taki183, Julio204 ou Eva62. Parmi tous les supports utilisés pour produire un tag, la station et la rame de métro fut un support idéal pour les pionniers grâce à la fréquence avec laquelle les gens la fréquentait mais aussi à l’adrénaline et à la spontanéité qu’offrait un tel cadre. Les tags étaient exécutés dans l’urgence et de manière à être perçus d’une longue distance.
L’intention des premiers tagueurs était, d’une manière paradoxale, d’obtenir une certaine reconnaissance dans leur anonymat, percevant leur blaze comme une représentation d’eux-même. Loin de la reconnaissance que l’on peut obtenir lorsque l’on expose dans des galerie d’art, le tag sert l’ego de son créateur dans son quartier ou sa ville de prédilection parmi un petit cercle d’initiés, appartenant souvent à la culture graffiti ou hip hop. Le célèbre tagueur StayHigh149 (restez défoncés) originaire du Bronx à New York choisit son blaze comme étant une représentation de lui-même. Les tagueurs, pour faire parler d’eux, ont recours à une méthode publicitaire courante : la surexposition. Réaliser un tag des centaines de fois dans des endroits clefs de la ville permet à l’auteur d’acquérir une certaine notoriété dans le milieu mais c’est à double tranchant car certains le perçoivent comme une pratique artistique peu complexe. Le tag s’apparenterait à un jeu dont le terrain n’est autre que la ville toute entière.
Pour égayer le tag et le faire passer au statut de graff, certains procédés typologiques ou graphiques sont utilisés comme la couronne (qui signifie que l’auteur est connu dans le milieu), l’utilisation de couleurs ou de différentes techniques telles que les bubble letters. Cette technique, inventée par le légendaire Phase 2 dans les années 1970 à New York, est utilisée lors des throw up (ou throwie). Cela désigne simplement un tag, mais beaucoup plus grand qui est peint, ou, littéralement, « balancé » (thrown up) sur les murs ou sur les rames de métro new-yorkais. A l’avant garde du street art, le throw up est vingt fois plus grand qu’un tag, généralement plus long à exécuter et dont le lettrage dispose de contours et d’ombres léchées. Il peut même parfois être rehaussé d’un personnage, d’un animal ou d’un objet stylisé. In aka Kill3 a réussi à se hisser sur le podium des réalisateurs de throwies en se révélant l’un des plus productifs graffeur new-yorkais de la fin des années 1970 (il a été surnommé « le roi des throw up » grâce aux quelques 10 000 throwies qu’il réalisa sur les rames du métro de la grosse pomme).
Quant aux pièces (de l’anglais masterpiece) elles regroupent à peu près toutes les caractéristiques des throw up et des tags mais elles sont embellies à leur maximum et sont souvent d’une dimension plus importante que les tags (ces derniers sont de la taille d’une feuille de papier A4). Ces oeuvres de grande dimension, colorées et complexes sont de véritables tours de force stylistiques, l’auteur de ces pièces passant souvent plusieurs heures rien qu’à la conception de la composition ou à la technique utilisée. Certaines pièces, alliant une maîtrise sans faille de l’aérosol et un certain goût graphique, n’ont parfois rien à envier au contenu des galeries d’art. C’est d’ailleurs le mouvement qui amorça l’entrée du courant graffiti dans l’art. A droite voici une composition de Mode2, un graffeur qui s’est fait un nom dans le milieu avec des créations entre le graffiti et les pièces. Même si l’accent est mis sur les lettres et le nom du graffeur, les pièces véhiculent parfois un message et sont porteuses d’éléments stylistiques, iconographiques chromatiques et graphiques qui constituent la richesse de la culture du graffiti.
Les premiers graffeurs qui commencèrent ainsi à explorer la réalisation de pièces furent, entre autre, SuperKool223, TopCat126, Tracy168 et Lee163d. Ces premiers graffeurs mirent au point des techniques graphiques qui furent reprises dans le milieu du graffiti. On doit ainsi à TopCat126, le style Broadway qui, avec ces lettres élégantes et élancées, ouvrit la voie au style Blockbuster (lettres en forme de bloc carré) et au style Bubble de Phase2 (voir plus haut). Aucun style de lettrage n’eut cependant autant d’impact que celui lancé par Tracy168 : le Wildstyle. Ce style est caractérisé par des lettres enchevêtrées et pratiquement illisibles pour les non-initiés avec parfois un effet 3D. Ce style dégage une certaine énergie caractéristique des graffitis notamment avec l’ajout de flèches et une typologie où chaque lettre est tellement travaillée qu’elle devient une oeuvre à elle-même. Les rames de métro, support de prédilection de la culture graffiti, permettait en outre d’obtenir un rendu encore plus dynamique de la typo grâce à la vitesse avec laquelle le train arrivait et constituait un bel exemple de l’incrustation réussi d’un travail graphique. Une pièce est reconnu dans le milieu du graff grâce au soin apporté aux traits, à la composition des volumes, aux ornements graphiques et aux coloris choisis.
Aujourd’hui, aucun consensus n’a été trouvé concernant la nécessité ou non de rester dans l’illégalité. Le caractère exaltant de la pratique du graffiti vient cependant en grande partie du fait qu’il reste aujourd’hui interdit (sauf à certains endroits aménagés par la ville ou des associations). Même si tous les graffeurs ont commencé dans la clandestinité, certains, tels que Lady Pink ou Lee Quinones, ont donné à leur carrière d’artiste un nouvel élan en exerçant leur art en toute légalité.
Youss F.
Photo de couverture : Pont de Montbernage, Poitiers, 2008.
A Urbaland on se demandait à quoi pouvait ressembler le hip hop au pays du soleil levant. Le Japon, pays au multiples facettes avec ses geïshas, sa culture geek et ses traditions. Notre correspondant Taka en direct de l’archipel nippon nous délivre un petit florilège de ce qui se fait dans le milieu du hip hop de nos jours. Entre les productions du collectif KGDR et la fonk old school des quatre MCs de RIP Slyme, ce petit tour d’horizon du mouvement hip hop réserve plusieurs surprises.
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Gagle est un groupe de rap originaire de la région de Tohoku au Japon. Ce morceau a été fait pour récolter des fonds lors du tremblement de terre à l’est du Japon.#
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L’hymne national japonais selon Zeebra, ancien membre de King Giddra et véritable icône dans le milieu. #
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De son vrai nom Koto Kagami, K Dub Shine est originaire du quartier de Shibuya à Tokyo. C’est l’un des rappeurs les impliqués du Japon, ici dans une chanson dénonçant les violences domestiques.#
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Anarchy, from Tokyo. #
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Composé de quatre MCs Ryo-Z, Ilmari, Pes, Su et d’un DJ Fumiya.#
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Attention, gros collectif que les Teriyaki Boys (composé d’Ilmari, Ryo-Z from Rip Slyme, Verbal from M-Flo, le rappeur Wise et Nigo, fondateur de la marque Bathing Ape)#
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Un peu d’herbe bleu provenant du nord de l’archipel, à Hokkaido. Le meilleur groupe de hip hop japonais underground de tous les temps. #
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KGDR est le groupe de rap japonais dont les membres sont Zeebra et K Dub Shine. Ce titre fait écho au tsunami du 11 mars et laisse entendre un message anti Tepco. #
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Trois différents rappeurs appartenant aux collectifs Nitro Microphone Underground et Kick the can crew. #
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This is only the begining….
Taka
La fête de la musique est certes passée, on a décidé d’inaugurer l’été avec une playlist qui se déguste en sirotant un cocktail au bord de la piscine de l’hôtel. Mais de quel hôtel ? Et de quel pays ? Vous allez le découvrir dans un instant, en sachant que le tout est remixé façon Special SeleKta.
Direction L’Amérique latine tout d’abord ! En direct de Cholas Bravas au Pérou,où la cantadora La Lá accompagnée de Jose Pablo Menajovsky et de Rodrigo Zalles à la guitare et aux percussions nous livrent un petit aperçu de la suavité latine. Place ensuite au duo mexicain Rodrigo y Gabriela (Rod y Gab pour les intimes) dont le rythme endiablé de leurs notes n’a d’égal que la vitesse avec laquelle ils jouent de la gratte.
On effectue maintenant un petit crochet par le Maghreb avec le clarinettiste iranien Arach Khalatbar, le joueur de luth algérien Mehdi Haddab et le violoncelliste Dierdre Dubois pour retrouver un peu le charme des sonorités orientales.
Ce golfe réserve quelques bonnes surprises. Il fait beau, la chaleur envahit progressivement cette après-midi et l’Atlantique se profile à perte de vue. Niveau musique, ça groove et ça envoie le funk au Nigéria tandis que Jorge Ben mêle habilement à ses sonorités funk une ambiance latine propice à la salsa.
L’amérique.. C’est parti ! Pour commencer on va faire un road trip à Ohio avec des français vu que le premier morceau est la reprise de Justice par La Femme. Pour le deuxième, on prend le roi de la pop américain et celle de Billie Jean par Easy Star All Star dans une ambiance reggae-dub.
Pour le morceau bonus on vous emmène en Corée vous déhancher sur de la mauvaise techno. Vous nous remercierez au prochain numéro.
Quoi de mieux pour démarrer les beaux jours qu’une petite rétrospective de nos meilleures chansons de films ?
Une partie de l’équipe d’Urbaland s’est penchée sur ces chansons qui font un film, qui marquent les esprits de par leur finesse ou leur exotisme. Ces chansons qui racontent un film, un destin, un scénario. Celles qui posent un décor et donnent la réplique à ses acteurs. Ses chansons et OST, on en a choisis cinq chacun, parmi nos préférées et on a décidé de vous les présenter ce mois-ci.
#“A real hero” feat. Electric Youth – Movie: Drive
Un album électronique-pop qui a un certain charme. Avec une goutte de synthétiseur retro, c’est un son qui rayonne de 80s cool.#
# “In the Waiting Line”, Zero 7 – Movie: Garden State
Cet album est une compil charmant de Zach Braff. Le genre de “mix tape” que l’on apprécie si c’est créé par quelqu’un de la même génération qui partage l’expérience de la vingtaine et qui se sent un peu perdu.#
# “I am a man of constant sorrow”, Soggy Bottom Boys – Movie: O
brother, where art thou?
Un succès fou dans le film, ça reste l’un de mes chansons préférées pour me faire retrouver le sourire#
#“Where do you go to (my lovely)?”, Peter Sarstedt – Movie: The
Darjeeling Limited
Une chanson que mon père jouait sur le vieux tourne-disque quand j’étais petite – je connaissais les paroles par coeur même avant d’avoir appris l’anglais! J’étais donc folle de joie en l’ayant entendue de nouveau dans le film de Wes Anderson.#
#“The End of an Act”, Movie: Team America
Pearl Harbor sucked. Tout est dit.#
# “You’re gonna miss me”, 13th Floor Elevators – Movie: High Fidelity
N’importe quelle playlist de “top 5” OST serait incomplète sans mention du film High Fidelity, un film qui à propos de snobs musicaux. Et là je transgresse les paramètres que Youss et moi a choisi pour cette playlist d’avril en choisissant un sixième morceau… La limite de 5 morceaux était difficile à observer, alors je peux imaginer l’angoisse des scénaristes qui ont dû choisir la musique pour ce film!#
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On commence avec un peu de jazz manouche extrait de Life is a Miracle du réalisateur Emir Kusturica. Cette chanson, aussi appelée Looking for Luka, est le thème du long métrage et il est produit par l’excellent No Smoking Orchestra qu’à Urbaland on conseille chaudement. #
# Encore un film d’Emir Kusturica ! Cet fois interprété par Iggy Pop et Goran Bregovic. Dans la voiture de la mort… #
# Les zombies sont de sortie ! Le groupe d’electronica pop I Monster nous livre le thème du générique de ce film pastichant les déboires de deux anglais face à l’arrivée de zombies… A écouter sans modération.#
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Place maintenant à un peu de finesse dans ce monde de brute. Avec ce thème classique #
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On revient quelques années en arrière avec ce thème extrait d’Attrape Moi si tu peux (Catch me if you Can). Extrait du générique unique de ce film, il a été produit par Kuntzel et Deyga.#
Dans le monde du hip-hop, Vitry-sur-Seine dans le 94 est incontestablement connue et reconnue pour son collectif massif qu’est la Mafia K’1 Fry, étendant ses effectifs jusqu’ à Orly, avec en son sein des noms forts du mouvement tel que Ideal J (Kery James..), le 113 ou encore Different Teep dans ses premières heures. Ces noms ont marqué la ville et son environnement dans un lot d’histoires, de délires racontés dans les textes, qui est profondemment inscrite dans l’imaginaire collectif des amateurs de rap.
Mais le hip hop n’est pas la seule grande mouvance touchant cette partie de la métropole parisienne; La ville semble attirer nombre d »amateurs d’art contemporain, mis en avant par le véritable vaisseau qu’est le MacVal, entendez là Musée d’Art Contemporain du Val de Marne. Cette mouvance se lit également sur la commune voisine, Ivry-sur-Seine, collée au 13ème arrondissement par le boulevard périphérique et semble connaitre un phénomène de renouvellement le long de ses quais comme son voisin le 13ème avec le quartier de la bibliothèque François Mitterand. Pour mieux se plonger dans cette chronique, je vous propose une petite ballade, qui démarre à la Mairie d’Ivry, au terminus de la ligne de Metro 7.
Arret Mairie d’Ivry, sortez des couloirs du métro et vous avez l’impression d’entrer dans un labyrinthe de béton brut. Vous êtes dans une particularité architecturale de la métropole parisienne. Le quartier centre-ville d’Ivry est un quartier des années 70, conçu par l’architecte Jean renaudie. La particularité de ce quartier tient dans ses immeubles aux angles pointus, qui composent des terasses végétalisées avec des jardins. Ces immeubles surmontent la route qui passent en dessous et un petit centre commercial est accessible au coeur d’un ensemble par des couloirs. Ce qui est étonnant également c’est que des bâtiments antérieurs siègent entre ces constructions étonnantes.
A quelques mètres plus loin, siègent deux autres bâtiments étonnants mais hérités d’une autre époque, celle de la banlieue rouge et ouvrière…les cités Maurice Thorez et Gagarine. Maurice Thorez est particulièrement remarquable avec au point culminant du bâtiment un beffroi. Leur briques rouges leur donne également une allure plutot fière qui diffère des barres tristes habituellement présentes dans l’agglomération.
Après ce petit détour architectural dans le centre d’Ivry, on laisse le groupe Gagarine derrière nous et on se dirige rue Raspail, où l’on trouve un des plus important lieu de l’art contemporain de l’agglo, le Credac, Centre d’Art Contemporain d’Ivry. Dans un ancien grand bâtiment industriel, avec des très grandes vitres et grands espaces, l’art contemporain a pris possession de tout le troisième étage. Le rendu des oeuvres dans cet espace post-industriel peut rappeler les grandes galeries d’Outre-Manche ou de la Grosse Pomme
Le parcours se poursuit pour arriver sur Vitry, aux alentours de la gare RER. A partir de là jusqu’au MacVal, les artistes urbains d’ici et d’ailleurs ont laissé leur traces sur le mobiliers urbain, faisant de Vitry un musée d’art urbain à ciel ouvert. Cette petite revolution créée un nouveau tourisme à Vitry, les amateurs d’arts urbains viennent contempler les oeuvres ornant façades d’épicerie ou encore panneau de circulation…
Au bout de ce cheminement, on arrive au masthodonte de l’art contemporain, le MacVal, bâtiment blanc épuré, vaisseau à proximité des grandes tours HLM du grand ensemble de Vitry. C’est cette réalisation qui a certainement permis ce grand boom de l’art contempo dans coin et a contribué à créer une attraction sur Vitry-sur-Seine, artistique et touristique, en dehors des sentiers classiques du coeur parisien…
Pour finir, vous pouvez flâner le long de la Seine, malgré les friches industrielles et quelques activités ça reste une particularité, avec le Pont du Port aux anglais qui relie Vitry à Alfortville ou encore le Pont piéton qui relie Ivry à Charenton, avec leur petite particularité un peu pont à la new-yorkaise. Vous tomberez au final sur les quais d’Ivry, où durant les beaux jours, des terrasses éphémères se tiennent, afin de profiter d’une petite chicha et se reposer de vos découvertes artistiques de la journée….
“- Une excellente journée donc pour le chef d’Etat russe Asimov en visite amicale au Pentagone dans l’optique de signer enfin le traité de paix qui l’unirait avec son homologue britanique pour l’anniversaire de leur collaboration à Washington…”
La présentatrice de la télévision avait changé. Il l’avait remarqué au timbre de sa voix, plus monotone et terne encore que sa prédécesseur. Qu’importe où il se trouvait ou ce qu’il faisait, la télévision diffusait à longueur de journée les couleurs et le brouhaha numérique de ses programmes fades dans la pièce. Il disait que cela l’aidait à se concentrer alors qu’il savait pertinemment que ce bruit de fond continu n’était destiné qu’à combler le silence mortel qu’embaumait la triste et unique pièce de son appartement comparable à une chambre funéraire. Seuls quelques alarmes ou la sirène de la police dans les meilleurs jours parvenaient à percer cette bulle où le temps était comme suspendu par une puissance indéfinissable.
Bienvenue au 215 Highland Street
Il posa son stylo, relit chacune des phrases qu’il connaissait dorénavant par coeur et jeta la feuille presque immaculée qui retrouva d’autres brouillons froissés, amassés négligemment dans un coin de son minuscule appartement. Il se leva ensuite pour parcourir les programmes télévisuels qu’il savait déjà dénués d’intérêt et, après un rapide coup d’oeil à sa montre, sortit en saluant la concierge.
Ce qu’il fit ensuite sur la route ne mérite même pas une ellipse narrative : après un court passage au kiosque, il arriva dégoulinant au Palais de Justice où, après s’être maudit d’avoir oublié le parapluie qui traînait dans le trou à rat qui lui servait de buanderie, il entra dans la salle d’audience n° 14.
A suivre..
Crédit photo : JS Partres©
Trois jours se sont déjà écoulés depuis mon arrivée et le temps paraît comme suspendu entre deux canaux hollandais, au même titre que les gigantesques cumulus gris-menaçant flottant sur la ville. Seul l’éclat du soleil le temps d’un petit-déjeuner matinal réussi a percer cette carapace vaporeuse emprisonant la capitale. Ici-bas, les lois du temps, de l’espace et de la raison sont devenues des notions vagues, une succession de lettres écrites à l’encre blanche sur un bout de papier flottant au vent.
Il a aussi neigé. Plusieurs fois par jour de légers flocons sont venus couvrir les trottoirs, ponts et autres bâtiments pittoresques de la capitale d’une légère couche de peinture blanche aussi éphémère qu’immaculée. Ensuite et pendant quelques heures volées, cette neige dégagea le ciel nocturne dont la noirceur profonde accusait de l’absence quasi-totale d’étoiles, que l’ont eût dit victimes de quelque absorption mystérieuse. Ce dernier révéla ainsi la rondeur surnaturelle de l’astre lunaire, dont la clarté pâle luisait sur la nuit de toute la douceur de sa lumière onirique :
Une ornière creusée entre deux pavés remplis de neige fondue où son image ronde et lumineuse y avait élu domicile pour quelques instants précieux.
La surface ondulée d’un canal plaçant ses reflets blanchâtres au coeur d’une symphonie visuelle de lumières bigarrées, d’un ballet de traits chamarrés où la clarté de sa blancheur bleutée n’avait d ‘égale que la palette de couleur autour d’elle.
Ou encore une fontaine publique éclairée qui la transformait en un gigantesque bouquet multicolore de fleurs éléctriques.
Ce soir-là, à ces moments précis, l’astre lunaire régnait en maître sur la ville de toute sa clarté surnaturelle.
Crédit photo : JS Partres©
Il est tôt le matin et je me ballade.
J’ai la sensation que je marche dans une cage gigantesque. Mais c’est juste une rue étrange qui n’a aucune couleur. Quelqu’un a dû oublié de la peindre. Elle me fait penser à ces vieux torchons gris-délavé qui pourrissent aux côté d’assiettes poussièreuses dans certains placards. J’ai à peine atteint le coin de la rue qu’une pluie toxique s’abat sur la ville. Pourquoi toxique ? Je le sais, c’est tout. Etant le seul à paniquer de ces retombées acides, je prends la fuite pour me réfugier sous d’extraordinaires racines apparentes appartenant à un arbre ancien. Les trous, véritables refuges sous-terrains, paraissent tellement accueuillants que je me dirige immédiatement vers l’un d’entre eux pour m’y cacher. A ce moment-là, je ressens le regard scruteur d’un individu situé en bas de la rue. Devant le rideau de fer du supermarché se trouve en effet un homme en costume sorti tout droit d’un film de gangsters américain. Il se met à ma poursuite après avoir esquissé un geste grave qui désigne l’arbre majestueux. Aussitôt, il se rue vers moi accompagné d’une dizaine de clônes. Je décide de fuir, me frayant tant bien que mal un chemin à travers les racines.
La scène de la fuite est en noir et blanc et l’image de la scène, pleine de grain, saute comme sur les vieilles bobines que l’on diffuse dans ces cinémas qui sentent le rancis. Il me dit :
“Mais putain, réveille-toi. Tu crois que je suis payé pour jouer les intermittents du spectacle ?“
Crédit photo : JS Partres©
Des lumières, encore des lumières. Et toujours cette ville qui m’appelle.
Comme un fil invisible qui viendrait se nicher insidieusement au plus profond de vos entrailles et dont la taille ne cesserait d’augmenter à mesure que se rapproche le coeur de la ville, le berceau de l’agitation, le monde. Plutôt qu’un fil, la comparaison avec un cancer serait plus appropriée. Corrompant l’intérieur et se propageant comme un virus que l’on aurait choppé au détour d’une ruelle, ne laissant, une fois son oeuvre achevée, qu’un trou béant en plein milieu.
Ainsi, perdu au milieu de cette masse vertigineuse d’esprits, je me surprends à baigner à mon tour le mien dans cette effervescence continue composée de souvenirs arrachés brutalement à leur propriétaires, de pensées flottant ça et là et d’histoires représentant un peu toutes à leur manière autant de vérités individuelles. Mouvement continu. Tout bouge. Même ce flot diapré de lumières immobiles de la rue qui se reflète sur les vitres comme dans mes yeux à la manière d’une locomotive improbable emportant tout sur son passage. Mais ces aimants de lumières, ces sirènes colorées sont dangereuses. Elle ont un prix à payer.
Des rambardes hideuses sur le bord de la route, des sources de lumière de plus en plus rares et la sensation d’avoir laissé une partie de moi derrière. Sauvé pour cette fois.
Alors que mes yeux commencent à peine à percer les ténèbres d’une petite route de campagne, l’attraction insatiable qui s’est emparé de tout mon être s’est-en allée aussi rapidement qu’elle m’a frappé. Sans ressentir complètement indemne de cette rencontre, je me sens comme soulagé.
Tel un cancer, ces visions, cette ambiance, ces sensations referont surface un jour ou l’autre, en ayant pris soin de me ronger de l’intérieur au préabable.
J’en suis presque sûr…
Crédit photo : JS Partres©
# Animal Collective, Leafhouse #
C’était un soir où la douceur enivrante de l’oreiller laissa la place à la chaleur douce d’un feu de camp.
Où la pollution sonore de la rue s’étira en l’espace d’un souffle jusqu’à devenir un rythme tribal surréel.
Où l’ombre pâle d’un lampadaire diffusa des reflets chauds et dansants.
A ce moment-là, des brindilles de paille sautillaient à mesure que crépitait un orange majestueux et impressionnant. Des silhouettes illuminées, des visages et des figures. Des regards. Son regard.
Et son sourire.<!–more–>
Des mouvements clairs et sombres dansants dans un éclat de rire. L’ombre de quelques pas de danse portée par le feu. La mienne, dynamique se dessinant aux côtés de la sienne.
Et son sourire.
Des chants mêlés à nos soupirs ardents se répercutant avec force contre le silence profond de la forêt ainsi qu’une poussière de sable qui, soulevée par le vent, entraîna dans son envol des milliards de particules avec la forme de ras-de-marée embrumé. Les flammes passionnées réchauffant nos deux corps bouillonants puis le crépitement incroyable de brindilles rougeoyantes.
Et toujours ce merveilleux sourire, tel un leitmotiv éternel de ce rêve incandescent, se dressant comme en rempart au bip éteint et sans vie du réveil.
Crédit photo : JS Partres©
Hier, je suis allé chez le marchand de sommeil mais il n’avait plus rien à me vendre.
“- Tout est parti, petit gars ! m’a t’il dit en montrant sa vitrine vide d’un geste dont la vigueur trahissait son âge. A cause de la formule Trankil’Hibern, c’est avec des cartons entiers d’essence de sommeil qu’ils repartent à chaque fois !”
C’était, selon mon marchand, un marché extrêmement prolifique, peut-être même un peu trop pour son âge. Il pensait que c’était parce qu’ils voulaient s’éloigner le plus possible de la réalité que les gens créent des placebos en tout genre, que la vrai question était de savoir pourquoi les gens se réveillent à contre-coeur alors qu’ils se couchent parce qu’ils en ont envie. Mais ça, il l’avait lu quelque part sans pouvoir me donner le nom de l’auteur. Il mit la clef sous la porte quelques heures plus tard. Depuis le temps qu’il exerçait mon marchand de sommeil, il fallait bien que cela arrive de toute façon.
Je sortis sans un mot. Sur le trotoir d’en face, j’assistai à la métamorphose de la compagnie Douce Chimère. Les fondations métalliques s’agrandissaient à chaque secondes. Elles déchiraient les plafonds plâtrés et explosaient les fenêtres en un fracas moins assourdissant que l’écho éléctrique d’un grand croc métallique. Le tout résonnait au coeur des gigantesques entrepôts du sous-sol, faisant se soulever d’énormes volutes de poussière grise. Sans prêter la moindre attention au chahut infernal qui se tramait autour d’eux, des caddies autonomes, véritables pièces de métal ambulantes dôtées d’un processeur, s’activaient à leur tâches quotidiennes sur le parking.
Le changement temporaire s’était transformé en une mutation perpétuelle. Ou conjoncture instable à long terme comme ils l’appellaient.
Tout est une question de vocabulaire.
Image : Enki Bilal
Alors que le vent, dans un dernier souffle, envoie avec force les dernières bourasques de l’acte, l’hiver s’enfuit à tâton par la porte de derrière. Quelques applaudissements se font entendre entre deux soupirs puis le rideau se ferme en révélant une nuée de couleur chatoyantes. On aperçoit dans les coulisses les trois autres figures principales attendant avec impatience leur montée sur scène. Réouverture. Ils se tiennent tous là, sur scène, les acteurs accompagnant l’hiver. Il fit ses adieux aux spectateurs ce soir au bras d’un torrent de feuilles mortes ballottées au gré du vent. La neige, remplacée par sa cousine la pluie, n’a pu éclairer la scène de la douceur de ses flocons pâles ce soir-là.
C’était un adieu provisoire. Tout à une fin, même si cette dernière est aussi cyclique.
La raison sans la folie n’aurait pas de raison d’être. La souffrance, sans son acolyte, le bien-être, ne pourrait être mesurée. La maladie sans la santé deviendrait une notion grave, presque interdite.
L’hiver sans le printemps serait une saison dénuée de toute beauté.
# Vivaldi, Winter Allegro #
“-Dans un instant, assistez à la passionante histoire de Jérémie K. et Ivette B, deux individus comme vous et moi dont l’enfance fut boulversée par des parents abusifs, alcooliques et violent. Et c’est tout de suite après ceci ! “
L’homme de la télévision avait accompagné sa dernière phrase par un clin d’oeil à faire gousser de plaisir la ménagère de plus de 45 ans. Les annonces télévisuelles commencèrent ensuite à emplir la pièce d’une ambiance capitaliste.
-”L’air de la ville vous pèse ? Vous vous sentez balloné et fatigué ? Prenez donc une bouffée d’air pur ! Grâce à Oxyma, un concentré d’oxygène actif préssurisé dans une bouteille au format malin. Oxyma, votre nouveau réflexe fraicheur qui ne manque pas d’…“
Alors que le poste, seule source de lumière de l’appartement, inondait le grand salon d’une avalanche de couleurs artificielles, il se leva et se dirigea vers une large baie vitrée situé à l’angle opposé. Les quelques bouts de ciel qui se frayaient un chemin à travers le cercle urbain qu’offrait la baie ressemblaient plus à une bouillie improbable de nuances délavées qu’à un véritable paysage estival. On s’y habitue. Ca faisait plus de deux ans maintenant que le soleil n’avait pas réchauffé le béton armé de quelques rayons providentiels. En face de lui, des bâtiments et autres gratte-ciels s’élevaient tous plus hauts les uns que les autres dans une course effrénée contre nature. Depuis sa baie vitrée, il pouvait apercevoir plus d’une centaine de fenêtres (cent quarante huit pour être exact, il les avait compté un matin, à travers quelques volutes de caféine) qui rassemblaient pêle-mêle familles, employés ou scientifiques dans une prison chauffé au gaz et à double-vitrage. Bien qu’il fut, depuis sa baie, le témoin de beaucoup de ces brèves de vie, tous ces reflets vivants le renvoyait inéluctablement à sa propre réalité. Il était entouré d’individus comme lui mais ne connaissait pas le traitre mot de leur histoire, si ils en avaient une.
Après ces quelques minutes de contemplations embrumées, il pressa un interrupteur à l’extrémité sud de la baie en ajustant ses lunettes noires.