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Marc-Grégor |
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Aucun de mes mots, Aucune de mes images, ne pourra remplacer l'aventure que je vis.
(texte initialement publié sur www.pixiel.fr)
…De mon parcours jusqu’à la vieille ville, j’aurai au moins récolté une chose : un avertissement. C’est en rejoignant la fin de la rue Kanada qu’une grand-mère seule m’aborde, à cette heure là, les rares personnes que l’on croise ne sont généralement que des fêtards tardifs. Je tranche quelque peu avec le folklore, j’imagine. « Vous êtes bien courageux, mais vous avez raison c’est le bon moment » Le bon moment de quoi ? Soit mon anglais est mauvais soit elle parlait grec (J’opte volontairement pour la deuxième solution). « Heureusement que vous êtes un garçon, car pour une fille, ce n’est pas super ».
Cette grand-mère avait une bonne tête (à défaut de l’avoir entière) mais n’était pas partante pour une photo, elle est repartie un peu comme un fantôme. Je réalise rapidement que j’ai raté quelque chose de rare pour la suite de ma balade matinale : Le monde. A l’inverse de la nuit ou de la journée, la ville est silencieuse, calme et vide. L’ambiance est unique et étrange, les murs, les ruines, les pierres gorgées d’histoire gagnent un charme et une présence car pour quelques heures ils sont les seuls acteurs d’un théâtre d’ombres et de lumières dirigé par Hélios le dieu soleil. Je deviens à mon grand plaisir le spectateur et le témoin solitaire d’une ville se réveillant doucement, imperturbablement comme elle le fait depuis des siècles. Je découvre enfin la magie, la force et la beauté de la ville qui m’avait parue banale quelques jours plus tôt. Bouche bée, je me complais devant ce spectacle époustouflant et quelques rares fois des personnages masqués viennent jouer une scène quotidienne. L’homme ouvrant son magasin, celui arrosant son jardin, la femme délogeant les chats de son porche, le prêtre préparant sa paroisse, la femme cuisinant le petit déjeuner…
Une à une les odeurs se mettent en place dans la ville, les sons aussi, je découvre avec émerveillement la ville qui semble m’appartenir. Je me sens l’égal d’un demi-dieu grec surveillant son petit bout de monde avec fierté. Il est très connu que pour découvrir une ville, il n’y a rien de mieux que la voir s’éveiller. Le soleil commence à percer au dessus des murailles fortifiées, je grimpe sur l’une pour assister à mon deuxième levé de soleil et à l’affranchissement d’une ville esclave de ses touristes…
(texte initialement publié sur www.pixiel.fr)
5 heures… Le réveil sonne, pris d’une certaine excitation je me lève en silence dans la chambre, prends à tâtons mes affaires, puis me dirige vers la sortie de l’hôtel. Manuel le gardien de nuit m’attend comme convenu devant. Il me demande d’attendre, patient, je m’assieds sur une chaise, il fait une dernière ronde. La veille, une simple question a déclenché une drôle d’aventure « A quelle heure se lève le Soleil ? », « C’est pour une photo ? » Me questionne-t-il ? (dans un anglais impeccable), à ma question il répond « il faut être patient et matinal » comme pour me tester ! Quelques mots en anglais et grecques plus tard et le rendez-vous était pris.
Manuel revient et nous partons en silence vers le bord de mer, en contrebas un village de pêcheurs. Des grecs dans la nuit profonde commencent un étrange ballet dans la mer… Loin derrière les côtes turques le jour se dessine. Manuel est heureux et ne changerait en rien son métier, car chaque matin il s’éclipse pour assister à l’apparition d’Hélios, le dieu soleil. Il aime le voir comme une balle orangée découpant l’horizon, colorant le ciel, et brisant avec la vigueur d’un dieu mythologique la nuit. Le chant du coq se fait entendre tranchant le son de la mer comme IL transperce la nuit. Je ne le questionne pas, il me raconte l’aube, comment un jour vient d’être fécondé juste par l’immensité d’un lever de soleil. Je suis pris submergé d’émotion en partageant avec mon guide ce moment.
Le rayon irradie le ciel au dessus de la petite crique lorsque les premiers pêcheurs prennent la mer, les grecs terminent leur ballet comme un rituel. La journée sera belle, un timide merci en grec de ma part, trouve comme simple réponse un merci en français cabossé. Il retourne à son travail, et je me dirige promptement vers la vieille ville pour voir un autre lever de soleil. Je suis seul dans les rues, je pense simplement que où que l’on soit dans le monde un lever de soleil au dessus de la mer est toujours un moment unique, magnifique et d’une beauté incroyable. à suivre…
EifTower on Flickr.
Il est cinq heures
Paris s’éveille
Paris s’éveille
La tour Eiffel a froid aux pieds
L’Arc de Triomphe est ranimé
Et l’Obélisque est bien dressé
Entre la nuit et la journée
Quel réveil ! Vers 5 heures du matin, un énorme -un gigantesque- craquement retentit dans le camp. Un craquement ? Une explosion suivie d’une intense pluie de graviers. Interloqués, choqués, à demi-réveillés, nous nous interrogeons ? Mais qu’est ce qui vient de se passer ? Surpris, nous passons la tête hors de la tente pour découvrir en contrebas une dizaine d’hommes commençant à travailler en bord de route. L’explosion ? Un large morceau de granit que les travailleurs devaient dégager à la dynamite. Pas d’annonce, pas de sirène, pas de protection, c’est ça la Tanzanie, l’Afrique.
Le parc se distingue par les divers bras de la rivière autonome du Tarangire ! Celle-ci zèbre tout le paysage en glissant entre les nombreux baobabs, habituellement si rares dans cette partie de l’Afrique. Arrivés entre deux saisons des pluies, nous profitons d’un parc très calme et agréable devenu un point de ravitaillement très prisé par la faune, principalement des éléphants. Les pachydermes forment des brigades, traversant paisiblement le paysage, se frottant contre la végétation, se ventilant avec leurs belles oreilles, ou cherchant l’ombre au pied des arbres majestueux, bien loin des remous des parcs plus touristiques. Bernad, notre guide, apprend que la troupe de lions résidant dans les parages semble se préparer pour quelque chose ! Une nouvelle chasse ? Une mise à mort ? Un festin ? L’excitation monte une fois de plus. La voiture trace sur les pistes rouges de l’Afrique, l’heure avance, c’est notre dernière aventure, celle qui scellera le safari. Notre vaillant 4x4 remonte une pente, peinant, décélérant, elle s’arrête dans une zone assez dégagée. Bernad nous annonce “Flat Tire”, un pneu est crevé.
Nous descendons tous les trois de la voiture, c’est l’arrière-gauche. Participant au remplacement, nous remarquons que, pour une fois, les autres voitures ne s’arrêtent pas, ou brièvement sans descendre. Rapidement changée, notre guide reprend la route pour faire le tour du plateau où nous avons marqué un stop. Cette zone surélevée, présentant un bon point de vue sur la vallée, est le repère des lionnes. Ce qui explique que les autres guides ne se sont pas risqués en dehors de leurs véhicules.
(photo: A Van Welden)
Inversement, notre activité a certainement poussé les félins à se faire discrets ! Ils n’attaquent que rarement l’homme, sauf sous la contrainte : rareté des autres proies ou un problème physique chez le félin. J’imagine qu’eux ont eu peur de nous car plus personne n’a croisé les rois de la savane ce jour-là. C’est sur ce dernier imprévu que notre safari s’est clos. Nous retournons vers Arusha, plongés dans nos souvenirs. Jamais aucun mot ou aucune photo ne peut pleinement représenter l’histoire que nous avons vécue, l’Afrique ne se raconte pas mais se vit. Définitivement.
Peu avant six heures, alors que tout le campement somnolait encore, nous nous sommes levés pour rejoindre à l’Est un espace indiqué par le ranger proposant un point de vue dégagé sur le cratère du Ngorongoro. Le soleil perçant découpe doucement la crête. Cette partie de la branche orientale du grand rift s’étend sur plus de 20 kilomètres de diamètre pour former la caldeira non émergée, la plus importante au monde. Le soleil inonde toute la réserve naturelle. Autrefois, c’était un enclos géant pour vaches domestiques. Elles étaient affublées d’une cloche qui, en tintant, produisait le son « goro-goro », ce qui d’après un massai rencontré par hasard sur notre spot, est à l’origine du nom de ce volcan. Laissant le Massai à son troupeau, nous retournons à pied vers le camp qui se réveille à mesure que le soleil disparaît au-dessus des nuages. Partis bien rapidement vers la plaine formée par le fond plat du cratère, nous avons la chance de compléter notre chasse d’images par des plans d’animaux auparavant plus rares ou peureux ! Les hyènes, les phacochères ou les autruches semblent vivre calmement dans ce petit coin de paradis où la chasse est prohibée depuis 1928. La traversée se fait calmement, l’ambiance est plus paisible que dans les autres parcs. Certes nous croisons parfois d’autres voitures, d’autres touristes, et nous traversons la plaine par des pistes, mais la nature semble plus forte que tout, notre présence n’ayant aucun impact sur les animaux. Les bords du volcan formeraient-ils une barrière ? Au fond de moi je suis convaincu ; Si nous devons assister à une scène de chasse, c’est ici. Cette ambiance, cette nature, est si cohérente avec mon idée du monde sauvage. Notre guide marque un stop, au pied d’un sommet. Il discute avec un autre guide en Kiswahili. L’échange est assez rapide, embrayant de suite, nous fonçons et arrivons à peine un kilomètre plus loin sur le dessus de l’élévation. Sur notre gauche se tient une dizaine de lionnes. La plus proche de la voiture, se lève, s’étire, s’assoit et découvre ses babines pleines de sang. Aucun doute, elles ont déjà mangé. Une fois de plus, nous arrivons trop tard pour assister à une chasse. Vraiment déçus, nous échangeons avec mon partenaire sur l’utilité de rester ou non sur le spot. Car des lions et lionnes qui dorment, nous en avons déjà 10 bobines ! Je le convaincs de rester quelques minutes de plus histoire de compléter par quelques clichés – en espérant qu’elles se décident à bouger, bâiller, se lécher… Puis une lionne se lève. Son attitude est différente, légèrement différente. Plus en tension, les oreilles dressées en arrière, ses muscles tendus, les babines redressées … Je ne saurais la décrire plus, car avant même d’avoir pu dire quoi que ce soit, nous nous sommes retrouvés projetés en arrière, notre guide décollant littéralement du spot pour remonter la route, tournant à gauche sur une piste qui jouxtait l’air de repos des lionnes. La voiture ne s’arrête que sur la cime de la plaine. Bernad répète plusieurs fois « look the lionnes, look it ». Nous nous tournons naïvement sur notre gauche, voyant à nouveau quelques lionnes et un lion dormir, ne comprenant pas pourquoi notre « super guide » nous a emmenés sur un spot plus éloigné. De nombreuses voitures, alertées grâce au téléphone portable, commencent à nous encercler. C’est en voyant cette agitation et toutes les lionnes se réveiller que nous avons enfin réalisé : la chasse est ouverte. « Look, look the lionnes » notre guide pointant cette fois avec conviction le fond de la plaine à notre droite. C’est tout étonnés que nous découvrons une lionne qui s’était savamment avancée pour venir couper la trajectoire d’un troupeau de buffles. C’est frontalement que la lionne attaque le troupeau, avec un bel effet de surprise. Le troupeau se replie, et ses membres les plus imposants, les plus puissants, forment un trident pour répondre à la deuxième salve de l’éclaireur. Furieux de voir la puissante féline continuer ses habiles assauts, l’ensemble du troupeau se met à la pourchasser ! C’est le pas léger, en veillant à ne pas distancer le troupeau, que la lionne se glisse doucement vers nous et le bas de la plaine : droit sur l’ensemble de la troupe qui s’est cachée dans les hautes herbes du bush. L’excitation est maximale. Le piège est parfait et semble inéluctable, d’un coup les lionnes sortent des herbes pour encercler le troupeau. Chacune attaque, de manière synchronisée et organisée, les bovidés qui tentent de repousser les divers assauts en restant regroupés, afin de protéger les deux plus jeunes du groupe. De notre emplacement, l’exaltation du combat qui se déroule est simplement intense, immense, au moins autant que le bruit produit par les rugissements et les coups. Les buffles commencent tout juste à s’étirer, à se séparer en laissant un espace sur les deux jeunes ruminants, qu’immédiatement deux nouvelles chasseuses bondissent des fourrés pour leur porter une estocade fatale ! Mais c’était sans compter sur le retour du plus puissant des buffles qui fait alors face aux deux lionnes. Elles hésitent ! Font front ! Les trois animaux se narguent, puis se confrontent : une lionne téméraire part à l’assaut de l’autre individu, tentant de le frapper à la jugulaire tout en gardant une légère distance de sécurité … Ce qui rend l’attaque stérile et permet au massif bovidé de prendre l’avantage. Il bouscule la lionne, la soulève et la projette sur sa comparse, éliminant ainsi deux adversaires. La chasse devient dangereuse, les lionnes les plus proches de l’action prennent alors le temps de jauger, d’évaluer à nouveau la situation. Pas de prise de risque inconsidéré ? C’est trop tard, l’instant d’hésitation de la meute a suffit pour que les buffles se regroupent et s’échappent par une brèche dans le cercle. Sans grande conviction les lionnes poursuivent le troupeau fuyant vers le fond de la plaine, espérant voir un individu fatigué, blessé, ou simplement plus faible se détacher du groupe. Abandonnant bien vite la traque, les lionnes reviennent vers nous, l’air satisfaites. Tout ceci n’aurait été qu’une distraction ? Qu’un moment de détente entre deux bouts de gnou ? Ou n’était ce qu’une chasse pédagogique pour former les plus jeunes lionnes de la troupe ? Les yeux pétillants de nombreuses images de la scène, nous retournons sur nos pas. En échangeant avec Aurélien, nous nous rendons compte que nous n’avons pris que des plans larges de l’action tant la chasse a été une action groupée, coordonnée, un véritable travail d’équipe. De vrais gosses, en arrivant le soir au campement tout près du parc du Tarangire, nous avons simplement fanfaronnés, encore tout excités, tout illuminés par le spectacle que nous avons vécu quelques heures plutôt. Installés dans l’office, nous faisons défiler les photos, émerveillés, n’arrivant pas à réaliser tout ce que la nature préservée de la Tanzanie nous a offerts durant notre safari. Heureusement, il reste une dernière journée. Le soleil s’éclipse au-dessus de la savane et nous regagnons nos tentes.
Le lendemain, c’est avec les toutes premières lueurs du jour que nous quittons le camp, avec l’espoir d’obtenir enfin notre scène de chasse. Sur la route, un guépard trône sur une termitière, il est loin … 200 mètres. Nous sommes seuls dans la savane. Notre guide fait un détour empruntant une piste adjacente pour s’approcher à peine deux mètres de ce si rare animal. Il est musclé, svelte, pour ne pas dire sec, avec de très longues pattes dessinées de taches noires sur fond beige, présentant des griffes droites. Son visage est marqué par un museau court, entouré par deux longs traits noirs partant des yeux. Un guépard est noble et captivant, c’est calmement, en nous snobant avec l’élégance des félins qu’il a quitté son poste, pour aller s’enfoncer loin de nous. Rencontre magique. Nous faisons route pour atteindre une zone remplie de bombes volcaniques, territoire des lions et des lionnes. Ces grandes roches qui rythment la plaine sont dignes des décors du “Roi lion” et c’est au milieu de tout ça que nous avons été coupés dans notre élan : embourbés dans la boue. A mesure que la voiture s’enlise dans l’ornière, nos chances d’assister à une chasse s’éloignent terriblement. Notre chauffeur essaye d’avant en arrière sans succès, notre véhicule n’étant pas tout jeune, les différents modes ne marchent plus… Nous sortons pour espérer trouver de quoi caler les roues -à l’ancienne-, sans succès. Une autre voiture nous rejoint, les deux chauffeurs discutent et se mettent d’accord pour tenter une “poussette”. La deuxième venant pousser la nôtre pour nous aider à franchir l’ornière. Sans succès. Puis, le temps défilant, de nombreux 4x4 revenant de la zone de chasse s’arrêtent pour nous aider. C’est avec l’aide d’une dizaine de personnes que nous arrivons à sortir le véhicule du piège : Quel travail ! Ce passage technique est quasiment devenu impraticable, chacun des véhicules suivants s’enfonçant aussi dans la boue, et demandant l’aide de tout le monde pour s’en sortir. Nous nous retrouvons à tourner le dos au territoire des lions, sans grand regret. Le temps étant particulièrement humide… les félins n’étaient apparemment pas décidés à partir en chasse. La déception est terrible, nous quittons le Serengeti sans avoir eu la chance de vivre une chasse au lion. Naturellement, nos espoirs d’assister à une grande scène étaient liés à la grandeur et la richesse de ce parc. Certes nous en avons eu plein les yeux mais un certain gout d’inachevé persiste. Descendant vers le sud-est en même temps que les troupeaux en pleine transhumance, nous rejoignons les flancs du Ngorongoro. Arrivés fatigués en fin d’après-midi, nous effectuons un petit repérage autour du campement très fréquenté par les animaux. Durant la nuit, des zèbres éclairés par une magnifique pleine lune ont traversé le bivouac. Leurs ombres projetées sur notre tente nous ont bercés pour nous faire oublier la légère déception de la journée.
Notre voiture, pas la plus rapide, pas la plus lente, file dans la savane en direction des hippo-pool, les piscines à hippopotames. Ces animaux qui ressemblent à d’énormes tonneaux, sont vraiment marrants. Leur oisiveté a quelque chose d’hypnotisant. Leurs rares mouvements amplifiés par leur masse corporelle sont impressionnants. Leur aisance dans l’eau est une excuse suffisante pour y vivre la plupart du temps, bien qu’ils ne font que flotter, dériver et bailler. En rentrant, notre guide fait un crochet par un spot à Lions, averti par les autres guides. Nous arrivons face à deux magnifiques félins. Un lion et une lionne qui se reposent dans la savane. Pendant plusieurs minutes, il ne s’est rien passé, les deux restant la tête dans les herbes. L’attente est un peu longue, surtout face à deux animaux qui dorment -tous majestueux qu’ils sont-. Puis, le mâle se redresse, rugit légèrement, s’approche de la lionne et commence un accouplement - un rapide accouplement. Nos deux amis se chamaillent, la lionne faisant part d’une certaine insatisfaction ? Le roi s’écarte. Un instant passe, sa tête ressort de l’herbe, il s’approche de la lionne et recommence de nouveau. Ce moment du voyage est particulièrement émouvant : unique, inattendu, et réellement touchant. Le temps semble se figer comme pour sublimer la beauté de la savane. Le lion s’installe et pose fièrement la tête au dessus des hautes herbes, le regard caressé par le soleil déjà déclinant. L’envie de rester sur le spot est forte, mais déjà il faut rentrer au bivouac.
Sur la route entre Manyara et le Serengeti, notre guide a plusieurs fois tenté de réveiller en nous l’instinct de vacancier proposant divers arrêts dans des échoppes touristiques, ou dans les villages “traditionnels” pour découvrir la culture Massai contre quelques dollars américains. C’est un peu dommage, mais cela fait partie du jeu, du commerce, la fameuse “touriste-taxe” qui s’applique globalement à tout étranger qui passe par là. Il faut dire que pour atteindre le parc, il n’existe qu’une simple route traversant le rift par Karatu, puis zigzaguant jusqu’à la plaine, avant de devenir une ligne quasi-droite filant dans un décor semi-désertique et poussiéreux jusqu’à l’entrée du parc. Le nombre de touristes passant par là a clairement favorisé le développement de l’écotourisme faisant perdre un peu de dignité à un peuple déraciné de ses terres, pour le bien des différentes espèces. Les massais sont les habitants historiques des plaines de Tanzanie. Autant chasseurs qu’agriculteurs, ils s’étaient naturellement installés au coeur des zones propices à la faune sauvage. Pour créer les parcs et les réserves, ce sont des milliers de massais qui furent dépossédés de leurs terres. Nos rencontres avec les guerriers nous dévoilent combien la mondialisation a anesthésié leur conscience pour faire accepter cette évolution comme « naturelle » où la lance de chasse est devenue un accessoire pour « la photo ». A peine les portes du parc du Serengeti franchies, nous croisons enfin des félins : deux lionceaux. Ils dorment paisiblement au bord de la route. Leur pelage est brun - doré, ils possèdent une imposante musculature, légèrement trapus, leurs pattes sont larges, ils ont tous les deux une crinière naissante, entourant une puissante mâchoire, et un délicat museau noir orné de moustaches, leurs yeux sont couleur ambre. L’un présente quelques blessures. Cette première rencontre est épatante, ils sont si proches, si magnifiques. Quelque peu importunés par notre présence et par la pluie, nos deux frères se redressent et avancent de quelques mètres pour s’installer face à la savane qui s’étend à perte de vue. Le téléphone du chauffeur sonne sans interruption. Il échange avec les autres guides, puis nous annonce fièrement “prochaine étape léopard” ! Nous revoilà trimballés sur les pistes, sous une pluie battante, traversant une plaine composée de nombreux points d’eau, de verdure et de rochers. Nous constatons que les gnous, accompagnés de leurs gendarmes bicolores, les zèbres, prolifèrent en ce début de transhumance. Nous arrivons à deux cents mètres d’un baobab, cinq voitures sont déjà là. Nous cherchons dans l’arbre le fameux léopard. Il faut savoir qu’il est aujourd’hui difficile de recenser les léopards avec précision, tant ces animaux arrivent à s’adapter à l’environnement et à se camoufler parfaitement dans la nature, plus précisément dans les arbres. Pour tout dire, je pense que j’ai d’abord photographié des branches et des feuilles avant de réellement voir l’animal, enfin les animaux. Deux magnifiques spécimens qui ont bondi pour attraper un malheureux Dik-Dik (une toute petite antilope). Le plus rapide des deux ayant fait tout le travail, il n’a pas voulu partager sa proie. La chasse fut fulgurante – à peine quelques instants !… Les deux chats se sont alors battus sans violence pour se départager le repas du jour. Malheureusement, le festin a eu lieu bien trop loin dans les hautes herbes pour que l’on puisse voir quoi que ce soit. Mission accomplie ? Nous avons d’ores et déjà réussi à capter notre scène de chasse ! Lointaine, rapide, pas excitante. Pas de quoi fouetter un chat, enfin un léopard. On saura se contenter de cette séquence, mais le safari ne fait que commencer… C’est en buvant un thé avec Aurélien, au moment où le soleil part se cacher à l’ouest comme depuis l’aube des temps, que je réalise la poésie de cet endroit. C’est fascinant comme cet Eden sur terre nous permet de redevenir un enfant ! On vit une véritable aventure s’imaginant l’égal d’Harrison Ford ou d’un célèbre reporter, nourri par les images folles des nouvelles d’Hemingway ou d’Alphonse Daudet et son Tartarin de Tarascon. Certes la tente, le matelas et les sacs de couchage ne sont pas rustiques, les autochtones sont des plus accueillants (surtout au-delà de 20 dollars), et la traversée ne présente que peu de danger. Pourtant la plaine, qui a vu apparaitre l’Australopithèque, a su garder un naturel, une fraicheur, qui donne tout son sens à un voyage : l’authenticité. La nature est réellement libre ici, les hyènes peuvent traverser le campement en pleine nuit, laissant des traces au bord même de notre tente, ignorant notre présence, comme pour nous rappeler que nous restons des invités, comme le furent les massais…
Le lendemain, nous nous rendons au pied du grand rift où s’étend, sans jamais s’éloigner des montagnes, un espace qui, dans quelques siècles, deviendra un vaste océan : le parc du lac Manyara. Une végétation dense et très bigarrée s’est développée grâce à la présence de nombreuses sources permanentes et aux variations d’altitude (de 900 mètres à 1600 mètres). Le parc commence au nord par une dense forêt tropicale, puis à mesure que l’on se dirige vers le sud et le lac, nous découvrons une forêt sèche composée de clairières et de marécages avec une végétation plus éparse. Les bords du lac sont eux composés d’une savane arborée. Cette douce variation se ressent dans la faune : singes, éléphants, gazelles, zèbres, girafes, phacochères, lémuriens, flamands roses, quelques rares buffles et hippopotames… Malheureusement toujours pas de félins. Les rencontres se font doucement le long de la piste, la conduite est un peu chaotique, les animaux sortant régulièrement de la forêt tropicale sans prévenir.
Prenant un peu d’altitude, nous profitons d’un magnifique point de vue sur la vallée, séparés par le rift qui s’enfonce à l’horizon. A l’opposé, la terre rougeoyante s’arrête au pied d’un ciel bleu-prusse marqué par d’énormes dépressions. Un choc se prépare entre les orages locaux et le lac, provoquant une tempête de sable rouge. Les différents évènements climatiques font se soulever du lac un dense nuage beige qui fonce sur nous. Pendant plusieurs minutes, l’ambiance devient apocalyptique ! Les bourrasques régulières brassent le sol et les arbres ; elles secouent même notre véhicule. Le paysage n’est qu’une simple variation de vermeil et d’ocre où, malgré une visibilité réduite, arbres et buissons se détachent. Dans cette purée, des éléments se déplacent. On peut reconnaitre la silhouette nonchalante d’une girafe. La géante de la savane résiste comme elle peut en espérant une accalmie ! Le sable est écrasé au sol par de lourdes gouttes de pluie. La tempête est suivie d’un puissant orage, alors que nous filons sur les pistes glissantes et dangereuses. Malgré une visibilité grandissante, le temps ne s’améliore pas vraiment.
La sortie du parc est bouchée par un éléphant, il a trouvé une bonne place sous un magnifique arbre. L’animal est immense, l’épais cuir de sa peau scintille à cause de la pluie. Il piétine sur place, ses puissantes pattes remuant le sol. Le face-à-face ne dure pas, le mammifère dépasse notre véhicule par la gauche. Sous nos yeux émerveillés, sa trompe se glisse le long des fenêtres, l’envie de le toucher est forte, mais cette barrière ne doit pas être franchie. L’éléphant est un animal fascinant, dirigé par ses émotions, conscient de la mort et de la vie, capable notamment de reconnaitre après des années les restes d’un membre de sa communauté. La rencontre et la tempête sont des évènements mémorables. Sans s’essouffler, l’orage va sévir jusqu’au matin.
Isolés dans la nature des cinq parcs du nord de la Tanzanie pendant 7 jours. Nous espérons y voir une scène de chasse. C’est en m’imaginant dans la peau d’Harry Street que je quitte Dar Es Salam pour le nord-ouest du pays et Arusha, en compagnie d’Aurélien, un autre ami photographe. Tout comme moi, il est venu jusqu’en Tanzanie pour chasser le “Big Five”, traditionnellement composé du lion, du léopard, de l’éléphant d’Afrique, du rhinocéros noir et du buffle d’Afrique, selon l’histoire d’Harry dans le livre “Les neiges du Kilimandjaro” d’Ernest Hemingway.
Optimiste, en quête d’action, de sensationnel, et surtout d’un récit tournant à la gloire des rois de la savane, j’espère spécialement ajouter à mes trophées -photographiques- une scène de chasse menée par une troupe de lions. Au programme de cette traque : le parc national d’Arusha, le parc national du lac Manyara, le parc du Serengeti, le parc du Ngorongoro et le parc du Tarangire. Le premier parc est une mise en bouche.
(photo A Van Welden).
L’entrée est marquée par une immense porte, l’ambiance rappelle King Kong, film de E.B. Sodseck et M.C. Cooper. A peine cette porte franchie, nous tombons nez à nez avec un groupe de charmantes girafes qui se donne en spectacle : frottements, caresses, échanges, une véritable danse, moyen de communiquer entre elles. Le grand animal au pelage roux et tacheté utilise rarement ses cordes vocales, préférant utiliser la vision pour échanger. Enclavé entre le cratère du Ngurdoto au sud et le pied du Mont Méru au nord, face au mythique Kilimandjaro, le parc propose une végétation luxuriante, refuge pour de nombreux animaux, bien qu’aucun des grands prédateurs n’y vive ! L’intérêt réside surtout dans l’éparse quantité d’oiseaux, principalement des échassiers qui se sont installés sur les bords des lacs Momella au nord est. Ballade courte mais agréable, ce fut un véritable échauffement, une journée pleine d’enseignement afin d’assurer face aux félins.
Pictures could not be accessories to the story-evidence-they had to contain the story within the frame: the best picture contained a whole world in one frame
petit01 on Flickr.
Spider-Man, Spider-Man,
Does whatever a spider can
Spins a web, any size,
Catches thieves just like flies
Look Out!
Here comes the Spider-Man.